Il y a quelques semaines, plusieurs web-médias ont diffusé une information selon laquelle la célèbre marque française Hermes, spécialiste dans la conception, la fabrication et la vente de produits de luxe, avait mis en vente des carrés de tissu très ressemblant à l’un de nos tissus phares traditionnels (camerounais). Au delà de toutes les réactions qu’on a pu observer, nous nous sommes surtout posés une question simple que vous vous êtes certainement posée : « Ont-ils le droit d’utiliser notre patrimoine comme bon leur semble et de s’en enrichir ?. » Nous essayerons d’apporter quelques éléments de réponses dans la suite.

LE NDOP

Célèbre tissu camerounais, plus précisément de la région de l’Ouest. Le Ndop est ce tissu qui est très cher à notre culture et qui a une signification particulière dans la royauté des peuples des hauts-plateaux. Ce qui le rend encore plus particulier est sans doute ses beaux imprimés qui séduisent sans cesse le monde entier. Existant depuis le XVe  siècle, son emploi et sa décoration remontent au XVIIIe  siècle. Même si la chefferie Baham conserve  aujourd’hui des spécimens de costumes Ndop datant de très longtemps avant, c’est bien à partir du XVIIIe siècle que la technique du Ndop va être améliorée pour produire la forme employée aujourd’hui.

HERMES-NDOP

Ce tissu si cher à notre culture, a su séduire l’oeil des Anamorphoses de la maison Hermès Paris, qui s’inspirant de cela, ont produit des carrés de tissu, en twill 100% soie, roulotté à la main de 90*90cm, avec des coloris variant entre le marine, le vert et le rose et vendu au prix de 360€ (237 000 F CFA). Cette belle inspiration est le fruit de la collaboration entre Hermes et la fondation camerounaise Jean Félicien Gacha qui possède un important fond de tissu Ndop et d’autres trésors camerounais conservés sur plusieurs générations.

QU’EN EST-IL DE L’UTILISATION COMMERCIALE DE CET HERITAGE NATIONAL PAR HERMES ?

Une collaboration avec une fondation camerounaise, OUI. Mais cela donne-t-il droit à la marque Hermes et à la fondation Jean Félicien Gacha de s’enrichir sur cette fierté nationale sans que nous (le Cameroun) n’en profitions ? Nous avons posé la question à un juriste et la réponse est plutôt claire :

« Si ce tissu, ses motifs et ses différentes caractéristiques n’ont pas été brevetés alors quiconque peut en faire ce qu’il veut ».

Euh OUI ! Malheureusement, comme beaucoup d’autres richesses constituant notre patrimoine culturel national, le Ndop ne serait pas breveté. La preuve, même dans notre propre pays, des marques de vêtements ou autres créateurs de mode utilisent cet étoffe dans leurs différentes créations sans redevance aucune.

Ce qui nous ramène à la question suivante, que font les autorités en charge de la gestion du patrimoine de notre terroir ? Aujourd’hui encore le poivre de Penja est une fierté à l’international car au delà de sa saveur particulière, ce produit a été breveté et est suivi au quotidien. Pourquoi une telle importance n’est pas accordée quand il s’agit d’une valeur culturelle ? Notre culture n’a-t-elle pas le mérite de nous représenter fièrement à travers le monde ? Autant de questions qui méritent et demandent réponses.

Il semblerait donc qu’une négligence soit l’auteure de la naissance de ces beaux carrés qui, au delà de tout, mettent en valeur notre richesse culturelle et inscrit encore plus le Cameroun dans l’estime des amoureux du beau à l’échelle internationale. Cela témoigne aussi d’une absence sérieuse d’organisation dans un secteur qui peine à se construire et à s’imposer, celui de la mode camerounaise.

Co-écrit par Daniel Eya’a

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